Le programme Rennes en commun 2020 articule ses propositions autour de trois leviers rarement traités ensemble dans un projet municipal : la rénovation énergétique massive, la restructuration des mobilités et un volet économie circulaire adossé à des objectifs chiffrés de réduction de matière.
Ces axes ne relèvent pas du catalogue de bonnes intentions, ils s’inscrivent dans le cadre contraignant du PCAET 2019-2024 de Rennes Métropole, dont le bilan à mi-parcours examiné par le conseil métropolitain en mars 2022 a permis de mesurer les écarts entre engagements et réalisations.
Rénovation énergétique à Rennes : le nœud technique des copropriétés
La plupart des programmes municipaux écologiques se concentrent sur le parc de logements individuels. À Rennes, le parc collectif représente une part structurante de l’habitat, et c’est là que se joue la crédibilité d’une politique de transition énergétique.
Le programme Rennes en commun 2020 a fixé un objectif de réhabilitation de plusieurs milliers de logements par an. L’enjeu concret, rarement détaillé, porte sur les copropriétés : la prise de décision en assemblée générale, le reste à charge pour les copropriétaires modestes et le séquençage des travaux (isolation par l’extérieur, remplacement des systèmes de chauffage collectif, ventilation).
Une délibération de Rennes Métropole a d’ailleurs acté l’attribution de subventions écoTravo pour la rénovation énergétique de copropriétés sur la période septembre-décembre 2024, preuve que le dispositif a dépassé le stade programmatique.
La liste écologiste portée par Matthieu Theurier proposait en parallèle la création d’un service public local de l’énergie, couplé à une tarification solidaire pour les ménages en précarité énergétique. Ce mécanisme vise à éviter que la transition ne repose sur les seuls propriétaires occupants capables de financer leur quote-part.
Sur le site officiel Rennes en commun 2020, les propositions détaillent aussi le déploiement de panneaux solaires sur bâtiments publics et privés, avec un système de loyer versé aux copropriétés acceptant l’installation.

Mobilités décarbonées et tarification solidaire du réseau STAR
Le volet mobilités ne se résume pas à la promotion du vélo, même si Rennes en commun 2020 en fait un axe structurant. La proposition la plus technique concerne la restructuration tarifaire du réseau STAR selon les ressources du foyer.
Des abonnements gratuits ou à tarif réduit existent déjà sur le réseau rennais pour les ménages à faibles revenus. Le programme visait à élargir ces dispositifs pour que le coût des transports ne constitue plus un frein à la mobilité quotidienne.
Ce choix a une conséquence budgétaire directe : chaque extension de la gratuité partielle se traduit par un manque à gagner en recettes commerciales, compensé soit par la fiscalité locale, soit par le versement mobilité des employeurs. La question du financement pérenne de ces mesures distingue un programme crédible d’un simple affichage.
Vélo et infrastructure cyclable à Rennes
Le programme prévoyait un plan vélo ambitieux, avec la création de nouvelles pistes cyclables sécurisées et le développement de stationnements dédiés. L’objectif affiché : faire du vélo un mode de transport du quotidien et pas seulement un loisir urbain.
- Extension du réseau de pistes cyclables séparées de la circulation automobile, notamment sur les axes reliant les communes périphériques au centre de Rennes
- Multiplication des arceaux et abris vélos sécurisés à proximité des stations de métro et des pôles d’échanges
- Soutien financier à l’achat de vélos à assistance électrique pour les habitants à revenus modestes
Économie circulaire : objectifs de réduction de matière à l’échelle métropolitaine
Rennes Métropole s’est dotée d’une feuille de route ambitieuse en économie circulaire, et les propositions de Rennes en commun 2020 s’y adossent directement. L’objectif fixé pour 2030 prévoit de réduire de 30 % la matière nécessaire pour le même niveau d’activité économique. En 2020, pour 100 euros de PIB, 82 kg de matières étaient injectés dans l’économie locale.
À l’horizon 2050, l’ambition est de diviser par deux l’empreinte matière par habitant sur le territoire par rapport à 2020. Ce cadrage par l’empreinte matière, plutôt que par les seuls déchets ménagers, change la donne : il intègre le secteur du bâtiment et des travaux publics, premier poste de consommation de ressources.
Réduction des déchets ménagers et filières de réemploi
Le programme cible aussi une réduction des déchets ménagers de l’ordre de 12 % entre 2019 et 2030. Pour y parvenir, les propositions misent sur le développement des filières de réparation, de réemploi et de réutilisation. Rennes dispose déjà d’un tissu associatif actif sur ces sujets (ressourceries, ateliers de réparation), mais le passage à l’échelle nécessite un soutien logistique et financier de la collectivité.
- Création de nouveaux espaces de réemploi dans chaque secteur de la métropole
- Intégration de clauses d’économie circulaire dans les marchés publics métropolitains
- Accompagnement des entreprises locales vers des modèles de production moins consommateurs de ressources
- Réduction ciblée des déchets du BTP par la valorisation des matériaux de déconstruction

Participation citoyenne et budget participatif à Rennes
Les propositions de Rennes en commun 2020 en matière de démocratie locale ne partent pas de zéro. Rennes Métropole a lancé un budget participatif dès 2015, et le Pacte pour la Transition porté par Alternatiba a mobilisé des collectifs citoyens autour de 32 mesures concrètes lors des municipales 2020. Plus de 300 collectifs à travers la France se sont engagés dans cette démarche, dont celui de Rennes.
Le programme proposait d’amplifier ces dispositifs en renforçant le rôle des habitants dans les décisions d’aménagement urbain et en élargissant le périmètre du budget participatif. L’enjeu n’est pas tant de multiplier les consultations que de garantir que les arbitrages rendus tiennent compte des contributions citoyennes, y compris quand elles contredisent les orientations techniques initiales.
Nous constatons que la plupart des bilans municipaux sur la participation citoyenne mesurent le nombre de participants plutôt que l’impact réel des propositions retenues sur les politiques publiques. C’est cette question de l’effectivité qui distingue un programme solidaire d’un exercice de communication. Les propositions de Rennes en commun 2020 tracent un cadre, mais la solidité du dispositif se mesure sur la durée du mandat, à travers les arbitrages budgétaires et les choix d’aménagement qui en découlent.



